Le sel : "or blanc" de la Franche-Comté

Longtemps considéré comme une richesse, le sel, indispensable à la vie, fut qualifié "d’or blanc" jusqu’à une époque relativement récente, avant que la neige ne lui ravisse ce titre envié !
vendredi 19 février 2010 par Nicole

Qu’est-ce que le sel ?

L’usage courant de ce terme est utilisé pour désigner le chlorure de sodium, NaCl produit formé de deux éléments : chlore et sodium associés dans une structure de type cubique, les atomes de chlore et de sodium alternant dans les trois dimensions.

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Halite : organisation atomique

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Halite ou sel gemme
Halite en cubes. (Cliché M. Rossy)

Le terme de halite est celui qui désigne le chlorure de sodium ou sel gemme, en minéralogie. Il cristallise dans le système cubique, il apparaît généralement sous forme de cristaux dérivés du cube, souvent groupés en trémies.

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Sel en trémies
Trémies de sel des marais salants de Noirmoutier.

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De couleur blanche à l’état pur, il est souvent coloré par des impuretés : gris, rosé, rouge, jaune et même bleu ou noir.

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Halite et sylvine (Alsace)
On observe l’alternance de couches de halite grisâtre et de sylvine rouge
(le K fixe la coloration due au fer). (cliché :M.Rossy)

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C’est un produit très soluble dans l’eau (de 350 à 400 g/l suivant la température) cette propriété est souvent exploitée dans la production du sel.
Le sel est un produit hygroscopique c’est-à-dire qu’il absorbe l’eau contenue dans son environnement sous forme de vapeur qui tend à sa dissolution. Cette propriété est valable en sens inverse : une solution saline, ou saumure, soumise à évaporation entraîne la cristallisation du sel, ce principe est appliqué dans les marais salants.

On regroupe l’ensemble des sels contenus dans l’eau de mer sous le terme d’évaporites, la halite n’est qu’un élément parmi d’autres dont les principaux :

  • chlorures : sylvine, KCl fréquemment associé au sel gemme dans les gisements de potasse d’Alsace (sylvinite).
  • -sulfates : gypse et anhydrite (Ca SO4, 2H2O et Ca So4) présents dans les couches salifères de Salins et Grozon. Par chauffage, le gypse donne du plâtre (les carrières souterraines de Grozon ont été exploitées dans ce but) puis de l’anhydrite.

Une forme de qualité particulière est albâtre*. On peut trouver de rares lentilles d’albâtre dans les gisements de Vellechevreux (70000). Mais on peut citer celles,célèbres, de Toscane (Albâtre de Volterra).
L’albâtre gypseux ou alabastrite des anciens, est une variété de gypse, c’est-à-dire de la chaux sulfatée compacte. L’albâtre est employé comme pierre ornementale. Sa tendreté permet de le sculpter en formes élaborées. De plus, vu sa solubilité dans l’eau, il doit être utilisé à l’intérieur. Il perd sa transparence, son brillant et sa solidité quand on l’expose au feu, c’est-à-dire qu’il se change en plâtre.

* ne pas confondre avec albâtre calcaire connu également sous le nom d’onyx calcaire.

Origine du sel

Le sel est d’origine essentiellement marine. Même si certains gisements se rencontrent en milieu continental son origine première est, sauf rares exceptions, marine.
Précisons cependant que les sels, contenus dans les océans, proviennent du lessivage des roches dont l’érosion a libéré les éléments ; le ruissellement par les eaux de pluie a entraîné les sels minéraux vers les bassins océaniques où ils sont concentrés.
La teneur moyenne en « sels » de l’eau de mer est voisine de 30 à 35 g/l, ce qui signifie que l’eau de mer normale est très sous saturée par rapport à tous les sels et, pour que ceux ci se déposent, il est nécessaire que l’évaporation soit excédentaire par rapport aux précipitations ou aux apports d’eaux marines, ou continentales.
Ces conditions se rencontrent le plus souvent en bordure de bassins marins (lagunes côtières) sous climat chaud. Les grands développements évaporitiques se rencontrent à diverses époques avec des dominances : Cambrien - Permo/trias – Keuper.
Les dépôts rencontrés dans les sites francs-comtois sont majoritairement d’âge triasique. Les couches salifères de la région de Salins par exemple, très épaisses (plus de 100 m d’épaisseur), sont datées d’environ –215 millions d’années (Trias supérieur).

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Sources et exploitations

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Exploitation du sel

En Franche-Comté il n’existe pas de carrière de sel proprement dite (à ciel ouvert). Les gisements souterrains ont été exploités par creusement de galeries et de puits où les sources d’eaux salées sont recueillies dans des bassins puis remontées en surface (à l’aide de pompes hydrauliques à augets).
Les solutions salines, une fois recueillies dans de grandes cuves métalliques (les poêles) seront longuement chauffées (au bois) jusqu’à évaporation de l’eau et cristallisation du sel.

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Quelques trémies de sel
Miserey-Salines

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Cristaux de sel en « trémies » récolté après vidange complète des cuves de l’exploitation de Miserey-Salines (près de Besançon).

Les cristaux de sel ainsi obtenus sont tout à fait comparables à ceux que l’on observe dans les marais salants, par exemple ceux de Noirmoutiers ou Guérande.(cliché plus haut)

Le sel est ensuite rassemblé à l’aide de râteaux (les râbles), séché, conditionné et stocké dans des magasins ; il sera plus tard ensaché et vendu pour différents usages.

Jusqu’en 1962 le sel des "Salines de Franche Comté" était encore commercialisé pour les usages multiples, domestiques par exemple. Actuellement encore, la saumure (concentrée à 330 g de sel/l) alimente en partie les thermes de Salins-les-Bains.

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Le sel de table

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Le sel, une richesse, pourquoi ?

Le sel est indispensable à l’homme : échanges intercellulaires, fonctionnement du cœur, du cerveau, de l’activité musculaire... Les besoins journaliers se situent entre 3 et 4 g/jour.
Manque de sel ou excès entraînent des dysfonctionnements. Indispensable à notre équilibre physiologique il l’est aussi dans son usage comme condiment :il donne une certaine saveur aux aliments !
Le sel est également utilisé depuis des temps très anciens par l’homme dans les pratiques thérapeutiques, on citera en particulier le thermalisme encore très en vogue de nos jours dans les soins d’affections très variées.

Mais son usage ne se limite pas aux pratiques "domestiques". Une publicité des "Salines de Franche Comté" résume assez bien dans sa sobre naïveté les usages du sel.

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Les usages du sel
Buvard distribué par le groupe des Salines

Dans les pratiques agricoles

On l’utilise pour certaines cultures et pour l’élevage : qui n’a pas observé ces "blocs de sels" léchés par nos vaches dans les pâturages... destinés à faciliter croissance et productivité du bétail.

Conservation des aliments

Le sel est un excellent agent de conservation lié à son pouvoir hygroscopique et il sera utilisé pour la conservation des aliments : poissons (dans les cales des bateaux et sur les étals), viandes, légumes (choux par exemple) jusqu’à la découverte des méthodes modernes : pasteurisation et surtout congélation.

Usages divers

Citons encore son utilisation dans :

  • la fabrication des savons,
  • la préparation du verre,
  • en métallurgie, galvanoplastie,
  • on pense aussi à son utilisation (massive !) dans les techniques de déneigement efficace mais nuisible (après ruissellement) au bon équilibre des nappes phréatiques dont il enrichit "artificiellement" la teneur en sels...

On comprend donc pourquoi le sel fut longtemps considéré comme une véritable richesse et les régions qui possédaient des exploitations salines, enviées par les seigneurs et les rois ! La conquête de la Franche-Comté par Louis XIV a sans doute aussi un lien avec la possession des Salines...

Législation

Une saline était une grande administration : "La Sauneraie" avec ses règles strictes : du "pardessus" (directeur) au "portier" en passant par les "lieutenants" et les "trésoriers".Tenue comme une véritable armée, la Sauneraie est un établissement seigneurial ou royal puis d’Etat . La production et le transport du précieux sel est régie par des normes très précises et impôts et taxes lui sont appliquées : c’est la "gabelle" (de l’arabe Kabala = taxe) et qui dit taxe et péages dit fraudes et contrebande ! "Les chemins du sel" sont étroitement surveillés par "la police du sel" : les "forestiers"

Salins et Arc-et-Senans

Les salines de Salins témoignent de cette activité autour de l’exploitation du sel en Franche-Comté. Elles fonctionneront 1200 ans jusqu’à leur fermeture en 1962.

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Salines de Salins-les-Bains

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Salins-les-Bains

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Publicité Salins-les-Bains

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Le grand projet de la Saline royale d’Arc-et-Senans devait permettre un nouvel essor à ces exploitations (les saumures devaient être acheminées depuis Salins dans des "saumoducs" taillés dans des troncs de sapins de taille remarquable !) mais l’appauvrissement du gisement mit un terme au projet révolutionnaire de Claude-Nicolas Ledoux d’une cité idéale pensée entièrement autour du sel !

Aujourd’hui l’UNESCO lui rend hommage ainsi qu’aux hommes du sel en inscrivant les salines (Arc-et-Senans et Salins-les-Bains) à son patrimoine mondial.

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Saline royale
Arc-et-Senans

Miserey-Salines et Besançon-les-Bains !

Découvertes en 1855 par Alphonse Delacroix, les mines de sel de Miserey-Salines y seront exploitées jusque dans les années 60, par un système identique à celui de la région salinoise : production de saumures récupérées dans des cuves, évaporées, stockées et commercialisées.

Comme à Salins-les-Bains une partie des saumures sera envoyée par canalisations, vers Besançon et son établissement thermal (aujourd’hui fermé) d’où Besançon-les-Bains, appellation abandonnée de nos jours. Seuls témoignages : le "Centre de la Mouillère" (kinésithérapie et balnéothérapie) et un casino toujours ouvert à Besançon.
En effet les villes thermales bénéficiaient d’une autorisation d’ouverture de ce genre d’établissement : ce qui permettait à ceux qui venaient "en cure" de ménager un temps pour "les bains" le jour et un temps pour "le jeu"... la nuit !

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Publicité pour les thermes
Besançon - La Mouillère

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L’établissement thermal de Besançon-les-Bains
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Le parc du casino

Deux lectures sources d’inspiration :

(1) Un ouvrage majeur sur les salines :
De pierre et de sel : les salines de Salins-les-Bains. Ivan Grassias, Philippe Markarian, Pierre Petrequin, Olivier Weller. Ed : Musée des techniques et cultures comtoises (2006) qui comporte une très abondante bibliographie.

(2) Racines comtoises : Généalogie et patrimoine de Franche-Comté. Alphonse Delacroix par Bernard Girard.

Les clichés du sel en cristaux et faciès sont de M. Rossy à partir d’échantillons du département Géosciences (UFR Sciences-Besançon)


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