Des sols rubéfiés typiques du climat méditéranéen dans le Haut-Jura, explications…

mercredi 12 juin 2013 par Jerome

Le processus de rubéfaction.

La processus de rubéfaction ( du latin Rubefacere : rendre rouge) se caractérise par une déshydratation des oxy-hydroxydes de fer liés aux argiles libérés par l’altération fersiallitique. Les sols soumis à ce processus , possedant une teinte rouge vif sont apellés "Terra Rossa" alors que ceux dont la teinte est plus brun-rouge sont appelés "Terra Fusca" et correpondent aux sols fersiallitiques. Ce processus se met en place lorsque le contraste hydrique entre une saison sèche et humide est présent. En effet, en hiver humide les argiles contenant des oxy-hydroxydes de fer incomplétement déshydratés sont mobilisables alors qu’ en été , la déshydratation complète des oxy-hydroxydes de fer entraine leur précipitation et la formation d’agrégats stables colorés. Ces sols sont communément admis comme caractéristiques d’un climat de type « méditerranéen » puisque de nombreux pays du pourtour méditéranéen voit actuellement une pédogénèse de type fersialitique.
Cependant, les géologues ont reconnus la présence de tel sols
dans des régions plus humides et plus tempérées comme le Massif Central et le Bassin Parisien. Ces sols qui ne sont pas en phase avec le climat actuel ont été considérés comme des paléosols (sols fossiles) hérités de climat antérieur.

"Terra Rossa" jurassienne ?

Dans le Haut-Jura, sur le plateau de Nozeroy près du village des Planches en Montagne (fig.1), à proximité du hameau de la Perrena (altitude moyenne de 700 m) le climat actuel n’est pas celui rencontré aux abords de Marseille, cependant de tels sols sont observables sur les calcaires valanginiens mais également sur les moraines würmiennes (fig.2 et 3). La question de leur origine et leur âge se pose. La rubéfaction observée est elle le résultat d’un paléoclimat de type « méditerranéen » ou est elle encore actuelle, si c’est le cas quelle en est l’explication ?

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Figure 1 : Localisation et contexte géologue (couleur verte : calcaire valanginien) © GEOPORTAIL.
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Fig 2 : Terra fusca issu des calcaire valanginiens
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Figure 3 : Terra fusca issu de moraine.

Explication... l’apport des pédologues comtois

Ces sols rubéfiés ont été étudiés dans le détail par Jouaffre (1991) qui établi que la rubéfaction observée dans ces sols est liée à des conditions particulières du pédoclimat actuel. Dans les sols étudiés, l’auteur montra que le caractère rubéfié, correspond à la présence d’hématite qui est pourtant absente de la roche mère du sol (calcaire valanginien et/ou moraine ). Il conclut à une origine pédogénétique de l’hématite. De plus, la simple présence de tels sols développés à partir de moraines wurmiennes suffit à montrer le caractère récent (-18000 ans) et non paléoclimatique de ces sols rubéfiés. Ces sols ne se sont donc pas développés lors de phases climatiques plus chaudes que l’actuelle comme on aurait pu le penser.
Notons que, contrairement aux vraies “Terra Rossa”, les sols rubéfiés du Haut-Jura présentent une rubéfaction plus importante de l’horizon de surface par rapport au horizons sous jacent. En effet, l’horizon de surface se dessèche plus vite au printemps car il comprend de nombreuses racines permettant un bon assèchement. Les conditions nécessaires aux processus de rubéfaction que sont les alternances de phases d’humectations et de dessiccations sont actuellement assurées également par le caractère hyperdrainant du substratum calcaire fissuré. Ainsi malgré un climat "montagnard" de la région, l’interaction roche-végétation compense l’absence de climat « méditerranéen » et permet alors à la rubéfaction de se faire. Les condition pédoclimatique nécessaire à la rubéfaction sont atteinte et nous permet de mesurer l’impact de la géologie sur la formation de ces sols. Ce point est essentiel car en pédologie les facteurs climat, roche et végétation oriente la pédogénèse et dans ce cas précis montre que le Jura, même éloigné de la zone climatique typique des sols fersialitiques nous présente une particularité atypique de sa pédodiversité.

REFERENCES :

Jouaffre, D., Bruckert, S., Williams, A., Herbillon, A. and Kubler, B. (1991). Rubéfaction postwürmienne en climat montagnard humide jurassien. Rôle du pedoclimat et actualité du processus. Geoderma.

Lozet, J.L & Mathieu, C.Jean Lozet. (2002). Dictionnaire de Science du Sol, 4ème édition, mise à jour et augmentée, 580 p., Edition Lavoisier, coll. Tec et Doc, Paris.


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