Construire un dispositif de nourrissage hivernal original…

dimanche 8 janvier 2017 par Jean-Yves

L’hiver, on sait tous que les oiseaux peuvent être attirés tout près des maisons par une mise à disposition de graines ou autre nourriture.
Vous utilisez peut-être déjà une mangeoire en bois, en métal, en osier, pourquoi pas en béton pour sa durabilité… mais le modèle que je vous suggère est d’une simplicité biblique et surtout impérissable ! J’utilise cette technique depuis une dizaine d’années sans problème, et je l’ai propagée dans la famille pour ravir mes petits-enfants...

Le dispositif proposé ici est simple à bricoler avec des déchets dont notre civilisation est friande. Une manière de les faire durer encore un peu avant qu’ils soient repris - au mieux ! - dans le circuit de la récupération, ou bêtement atterrissent en décharge... voire au pire pour quelques milliards d’entre eux se rassembler sur les plages ou en fragments dans le "6ième continent" océanique après avoir erré sur les mers.
C’est aussi et surtout une façon de faire construire facilement par vos enfants et petits-enfants – ou vos élèves ! - ces nourrisseurs, et ensuite de leur permettre d’observer et si possible s’exercer à décrire, dessiner, reconnaître les espèces les plus classiques qui viendront les utiliser, et aborder pourquoi pas les premiers questionnements scientifiques sur la diversité, les comportements, les conflits entre espèces, les périodes d’apparition...

En ce qui concerne les graines, celles du tournesol sont les plus classiques car les plus prisées par les oiseaux familiers : on en trouve facilement dans de nombreux commerces ou auprès d’associations qui les proposent en quantités possiblement importantes. Les boules de graisse sont également des compléments alimentaires hivernaux intéressants. Les pommes, même un peu décaties, sont très attractives pour les merles, grives et étourneaux par exemple.
Des noisettes ou des noix sont parfois utilisées, mais s’adressent à des espèces spécialisées ou de bonne taille. L’utilisation de brisures de riz ou de maïs est à peu près dépourvue d’intérêt, n’étant attractive que pour peu d’espèces. Le pain non plus n’est pas classique, sauf pour les pigeons en ville et les oiseaux d’eau.

Les rassemblements d’oiseaux qui résultent de ces nourrissages permettent d’observer tranquillement une bonne quinzaine d’espèces. De nombreux ouvrages simples de détermination sont disponibles, et vous pouvez prolonger vos observations par des photos ou des films, ou vous intégrer à certaines enquêtes participatives, par exemple celles de la LPO ou des CPIE.

Qu’on se le dise bien, le nourrissage hivernal n’est pas indispensable à la survie des oiseaux, sauf dans certains cas exceptionnels. Il peut même, en les concentrant, permettre la transmission de pathologies. En outre, cela donne la possibilité aux prédateurs naturels (éperviers et autres rapaces par exemple) ou non (les chats en particulier) de venir en profiter pour chasser et se nourrir, en prévenant tout de suite qu’il est facile d’éviter les chats en plaçant le nourrisseur en suspension et dans un milieu ouvert permettant aux volatiles de les voir s’approcher... J’ajouterai aussitôt qu’il serait stupide - le mot est faible – de trouver anormal que des prédateurs naturels viennent, eux, faire leur petit tour et profiter de votre installation : c’est la rançon de l’activité de nourrissage ! Comme c’est la règle dans tout écosystème planétaire, vous avez mis en place – volontairement et sous vos propres fenêtres ! - une chaîne trophique on ne peut plus classique, avec producteur primaire (c’est vous et surtout vos graines) entretenant une chaîne de consommateurs. Si un épervier - le super-prédateur de votre anthopo-écosystème - est dans le secteur, observez-le sans vous permettre de le "critiquer", sinon abandonnez le nourrissage et ne votez plus écolo !

C’est donc forts de ces diverses remarques que je vous propose de vous mettre à l’ouvrage.

Sont nécessaires (mais vous pouvez fort bien improviser à votre manière) les produits de base suivants :

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Matériel nécessaire
  • une bouteille d’un de ces stupides breuvages plus ou moins toxiques ou sur-concentrés en sucres et dangereux pour la santé de vos enfants, ou encore celle d’une eau minérale pas forcément meilleure que celle du robinet et vendue à un prix d’usurier à grand renfort de propagande pseudo-médicales. Recyclable et surtout à ne pas jeter sur la voie publique (ça se fait pourtant) ou dans la belle Nature, il lui faut plus d’un demi-millénaire pour se dégrader. Tant qu’à faire, choisissez-là bien, car elle devrait avoir un goulot de grande taille (si possible 3 cm de diamètre, ça facilite l’introduction des graines) et posséder son propre bouchon ; des "pros" du XXXL comme Bernard pourraient même utiliser les bombonnes de 5 ou de 10 litres sans problème ;
  • une barquette rectangulaire de type surimi, vous savez, ces bâtonnets de chair de poissons dopée au blanc d’oeuf, à saveur de crabe et fallacieusement colorée à l’aide d’authentiques caroténoïdes végétaux pour faire plus vrai ;
  • un clou de charpentier, tout bête lui, mais d’au moins 8 à 10 cm de long.

L’outillage est limité :

  • un cutter, mais attention à la manipulation de l’engin par les enfants ;
  • un fer à souder pour percer à chaud les trous dans les éléments de plastique (idem) ;
  • un pistolet à colle et une pince quelconque.

La préparation

La première action est de découper à l’aide du cutter une ouverture assez large tout à la base de la bouteille, qui assurera l’écoulement des graines au fur et à mesure de leur prélèvement par les oiseaux.

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Découpe du trou du bas de la bouteille

Il convient ensuite de solidariser la bouteille avec la barquette : son diamètre doit être égal ou inférieur à la largeur de cette barquette de façon à s’y encastrer sans effort. En maintenant les deux pièces en place, et à l’aide de la pointe du fer à souder, on perce simultanément la barquette et le fond de la bouteille, ce qui le plus souvent soude peu ou prou les 2 éléments de plastique.

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Perçage des trous
3 flèches en bas : soudure du fond de la barquette avec la bouteille
flèche du haut : soudure complémentaire partie verticale arrière

Il suffit de répartir les « trous de soudures » soit en fonction des reliefs du "cul" de certaines bouteilles, soit de façon plus ou moins régulière. On veillera à rigidifier encore le système en soudant de la même façon la partie "arrière" verticale et si possible les parties latérales. L’ensemble sera consolidé ensuite au maximum en remplissant ces trous d’un peu de colle thermofusible déposée grâce au pistolet.
Afin de faciliter l’écoulement des eaux de pluie arrivant dans la barquette, le fond de celle-ci sera également percé au fer de trous assez nombreux, sans en faire pour autant une passoire !

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Dispositif vu de dessous
3 flèches : petits trous d’écoulement
2 flèches : 2 des 5 trous de liaison barquette-bouteille avec colle thermofusible de remplissage (dans le cartouche, pistolet à colle en action)
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Bouchon et son clou courbé
une fois tordu en une boucle, il sert à suspendre le dispositif

Et le clou ? Il sera chauffé à la flamme assez pour transpercer le bouchon, la partie tête du clou vers l’intérieur bien sûr. Ensuite, une fois refroidi, on le courbe en boucle avec une pince.

C’est terminé, il ne reste plus qu’à effectuer le remplissage avec un entonnoir, sachant qu’une autre bouteille recyclable découpée pour ne conserver que le haut peut faire l’affaire.

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Remplissage

Coût de l’ensemble :

  • rien pour le matériel de base que l’on peut trouver en abondance un peu partout dans les secteurs plus ou moins dégradés occupés par notre espèce, et rien pour les outils dont tout bricoleur dispose déjà,
  • quelques watts pour le chauffage des ustensiles,
  • un rien de colle thermofusible…
    ...mais un bon quart d’heure de plaisir et de fierté pour le ou les gamins qui auront co-réalisé ce travail.

Suspendu à l’extérieur (on l’a dit, afin d’éviter les chats) et bien en vue, éloigné autant que possible de grandes baies vitrées contre lesquelles des oiseaux peuvent venir se cogner par mégarde, il ne reste qu’à regarder, reconnaître qui vient et quand, et comprendre comment marche votre "anthropo-écosystème"…

Afin de favoriser la reconnaissance des espèces, une petite série d’images associées à ce dispositif vous est proposée. Vous pouvez aussi aller faire un tour et consulter les documents de Thérèse et Bernard sur le même site (Hôtes de nos mangeoires et Hôtes de nos mangeoires (2)), pour constater par exemple que chez moi je n’ai pas encore pu voir sur mon nourrisseur le superbe pinson du Nord... Peut-être cette année ? Et que je n’ai pas mis le moineau domestique que vous aurez sans doute.

Et si vous avez des oiseaux encore plus originaux chez vous, faites le savoir en complétant cette liste !

Bon bricolage et à bientôt
Jean-Yves

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Les plus classiques, mésanges bleue et charbonnière
mésange bleue à gauche
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Mésange charbonnière femelle
on notera la "cravate" mince qui descend au milieu de la poitrine
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Mésange charbonnière mâle
la "cravate" est bien plus large
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Mésange bleue
calotte érectile, d’un bleu nettement métallique chez le mâle
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Duo de mésanges bleues
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Conflit entre mésange charbonnière et bleue
la mésange bleue est en attitude agressive,
penchée en avant, ailes entr’ouvertes
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Mésange noire
pas fréquente... Un peu l’aspect de la
charbonnière mais pas de jaune.
Liée aux conifères
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Mésange boréale
peu fréquente
calotte noir mat,
bavette étendue sous le bec
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Mésange nonnette
assez commune chez moi
calotte noire à reflets bleus
bavette très courte sous le bec
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Mésange huppée
pas commune ! Bien reconnaissable à ses teintes beiges et surtout sa huppe bien visible (malheureusement pas ici ! )
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Pinson des arbres, femelle
tête et ventre brunâtres
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Pinson des arbres, mâle
tête gris-bleu, poitrine bien colorée
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Chardonnerets
irrégulier chez moi
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Verdier
beaucoup de jaune, très vif chez le mâle
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Conflit entre un verdier et une mésange charbonnière
notez les teintes jaune soufre sur le bord de l’aile de ces deux mâles
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Couple de tarins des aulnes
le mâle est à gauche
épisodique, parfois en abondance
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Conflit tarin mésange bleue
malgré sa petite taille, le tarin est un des "chefs" au nourrissage
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Gros-bec, un mâle
grande taille et bec énorme, "un chef" au nourrissage, ici un mâle avec la calotte rousse
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Conflit gros-bec mésange bleue
notez la taille du bec et la bavette noire, sommet de la tête brun pâle : c’est une femelle
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Sitelle torchepot
régulière mais pas abondante
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Pic épeiche
pas commun, mais il y a des "habitués"...
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Rougegorge familier
incapable de percer les enveloppes,
les graines ne l’intéressent pas, sauf
les petits morceaux abandonnés
par les oiseaux au bec plus fort
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Tourterelle turque
occasionnelle : avale les graines toutes rondes !