Automne 2026, une saison des champignons qui peine à démarrer

Texte de Charles GRAPINET, Mycologue à la SHND, Pharmacien et enseignant vaca-taire à l’université Marie et Louis Pasteur


À l’heure actuelle, les sols sont exceptionnellement secs. À Besançon, par exemple, le taux de remplissage de la réserve en eau utile du sol pour les plantes est d’environ 16 %, alors qu’il devrait se situer, à cette période de l’année, autour de 60 % en moyenne.

Pour que les champignons produisent leurs fructifications (c’est-à-dire les « champignons » que nous observons en surface), l’eau est indispensable. Dans ces conditions, la saison mycologique n’a donc pas réellement commencé.

On peut certes observer localement quelques champignons dans les secteurs qui ont bénéficié des orages récents, mais cela reste très limité et ne reflète pas la situation de la grande majorité du territoire franc-comtois.

Des espèces thermophiles, c’est-à-dire adaptées aux températures élevées, ont été observées en août et septembre après certains épisodes orageux, comme le très rare Bolet de Dupain. Leur présence ne signifie pas pour autant que ces espèces auraient récemment « migré » du sud vers notre région. Leur mycélium (la partie végétative du champignon, généralement invisible car présente dans le sol) était très probablement déjà installé depuis longtemps. Il attendait simplement que les conditions deviennent favorables pour produire des fructifications.

Une fin de saison très incertaine

Il est aujourd’hui impossible de prévoir précisément comment va évoluer la saison. Si la sécheresse se poursuit, nous pourrions connaître une année avec très peu, voire aucune véritable saison mycologique.

À l’inverse, si des pluies suffisamment importantes arrivent, la saison pourrait être simplement décalée et commencer beaucoup plus tard, éventuellement fin octobre et se prolonger en novembre. Mais là encore, tout dépendra des conditions météorologiques : des gelées précoces pourraient interrompre rapidement les fructifications.

Des sécheresses qui compliquent de plus en plus les saisons mycologiques

Avec le réchauffement climatique, les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents et nous observons désormais régulièrement des mois de septembre particulièrement difficiles pour les champignons. Les champignons ont alors beaucoup de mal à fructifier.

Cela a également des conséquences sur les manifestations mycologiques. Certaines expositions ou sorties consacrées aux champignons, autrefois organisées régulièrement dès le mois de septembre, doivent désormais être annulées ou reportées faute de champignons à présenter.

À plus long terme, des conséquences difficiles à mesurer

L’impact à moyen et à long terme de ces sécheresses répétées est beaucoup plus difficile à évaluer. Une grande partie de la vie des champignons se déroule dans le sol, sous forme de mycélium, et reste donc invisible. L’absence de champignons visibles en surface ne signifie pas nécessairement que le champignon est mort ou fortement affecté.

Les mycéliums possèdent en effet une certaine capacité à résister au stress hydrique. Il faut donc distinguer l’absence de fructification, que nous observons actuellement, de l’état réel des champignons présents dans le sol, qui est beaucoup plus difficile à évaluer.

En revanche, les champignons sont étroitement liés au fonctionnement des écosystèmes forestiers. De nombreuses espèces vivent notamment en symbiose avec les arbres : le champignon et l’arbre échangent des ressources et cette association est essentielle à leur survie.

La dégradation affolante de l’état de nombreuses forêts pourrait donc avoir, à terme, des conséquences importantes sur les champignons qui leur sont associés. Si certaines espèces d’arbres disparaissent localement et sont remplacées par d’autres essences, les communautés de champignons pourraient elles aussi évoluer.

En résumé :

À court terme : les sols sont extrêmement secs, ce qui empêche actuellement la plupart des champignons de fructifier. La saison de septembre est donc très mauvaise et les perspectives pour octobre sont également très incertaines si les précipitations restent faibles.
À moyen et long terme : les conséquences sont beaucoup plus difficiles à prévoir. L’absence de fructifications ne signifie pas nécessairement que les champignons présents dans le sol sont directement en train de disparaître. En revanche, les changements durables de nos forêts (notamment la mortalité des arbres et leur éventuel remplacement par d’autres essences) entraîneront nécessairement des modifications des communautés de champignons qui leur sont associées.

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