La photographie de la semaine 37 de 2026

Texte et photos de Jean-Yves Cretin

Elles ne font pas le printemps…

…mais elles annoncent si bien l’automne !

C’est en effet des hirondelles dont je vais vous entretenir.

J’ai été le témoin ce matin du 9 septembre d’une migration « en masse » ! Chez moi vers 8 heures, de nombreuses hirondelles tournaient devant la maison… et le toit du voisin d’en face en était couvert : presque une hirondelle par tuile ! J’ai estimé l’ensemble entre 300 et 400 individus, en mélange entre hirondelles rustiques (majoritaires) et de fenêtre. Des envols massifs et « sans raison apparente » succédaient à des posés tranquilles sur le toit, le tout sans un seul cri ! Le manège a duré jusqu’à 8 h 35, le moment où tout le monde est parti sans retour.

On ne peut que souhaiter bonne chance à tous ces oiseaux qui entreprennent un si long périple ! Car les embûches ne seront pas rares. Il y a quelques jours, au Mont d’Or, c’étaient également des centaines d’hirondelles qui chassaient le long de la falaise… alors qu’un peu plus loin, un faucon hobereau cherchait parmi elles sa future proie.

Six espèces habitent la France, une méridionale, l’hirondelle rousseline (Cecropis daurica), une autre surtout montagnarde nidifie en falaise mais également dans les bâtiments des stations de ski, c’est l’hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris), une troisième creuse les parois des falaises sableuses, l’hirondelle de rivage (Riparia riparia), la plus petite et de teinte brun-clair ; les 2 dernières sont particulièrement liées aux habitations, l’hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) – dont on connaît également des colonies en falaise -, et l’hirondelle de cheminées ou rustique (Hirundo rustica) typiquement des granges et des étables. Sauf la rousseline, elles sont toutes nicheuses en France-Comté (pour les 2 dernières <voir info LPO>). Elles sont protégées par la loi, mais sont toutes en plus ou moins forte diminution, mis-à-part peut-être l’hirondelle de rochers…

Après leur période de nidification – une ou souvent 2 nichées par an – et étant strictement insectivores en se nourrissant exclusivement du plancton aérien, elles doivent impérativement quitter nos régions et passer l’hiver en Afrique. Ce périple atteint plusieurs milliers de kilomètres pour la « descente », et donc autant pour le retour…

La migration bat son plein depuis août et surtout en septembre-octobre, et ce sont souvent des vols groupés. Vous avez tous dans l’œil les images tellement classiques et évocatrices de l’automne : des ribambelles d’hirondelles sur les fils électriques… Mon oncle Gaby, avec qui du coté de Bois-d’Amont j’ai appris tant de choses tout gamin sur la nature, avait un souvenir d’école sur ce sujet : son instit’ avait suggéré aux élèves de proposer un poème à leur façon lors d’une « rentrée » au primaire ! C’était à moitié du patois, à moitié du français approximatif… Oserait-on écrire encore de cette façon maintenant*… c’est à voir !

Il disait :

«  Les quérions se ramatonnent
Par-sous le crêt à chez Côni,
Ça veut dire que c’est l’automne
Et que l’été est bien fini… »

À lire si possible avec l’accent si spécial du Haut-Jura, hérité en bonne partie des peuplements savoyards « importés » massivement et dès le Moyen Âge par les moines de Saint-Claude, car il leur fallait des gents résistants au rude climat. D’où l’existence d’un parler « franco-provençal », autrefois qualifié d’helvétique, dorénavant rassemblé sous le terme d’arpitan (pour les curieuses et les curieux, voir par exemple <Arpitanie1> et <Arpitanie2> et bien d’autres sites qui continuent de faire vivre ces patois).
Donc, les « quérions », ce sont des petits oiseaux, se « ramatonner » a le sens de « se rassembler » (on reconnaît le mot « maton » qui caractérise les « grumeaux de lait caillé » et que l’on retrouve avec « metton », produit de base de la cancoillotte), et « par-sous » se comprend tout de suite…

À la prochaine…




* Après mure réflexion, je me demande si ce n’est pas pire à l’heure actuelle !

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