Dans la rubrique « photo d’la s’maine », la SHND est heureuse de vous présenter… une minute de film récréatif et apaisant montrant le « plancton aérien » en action !
Cet épisode a été capté lors de notre séjour dans les Hautes-Alpes, au sein d’une forêt de mélèzes et dans le contre-jour d’un lever de soleil. Ces conditions particulières sont idéales pour mettre en évidence les trajectoires des nombreux « insectes » qui animent et constituent ce matin-là une bonne partie de ce fameux « plancton aérien » visible.
Le terme « plancton » a été formé sur la base du grec « planktos » qui signifie « qui dérive sans but », utilisé à l’origine dans le monde marin. Les individus constitutifs de ce plancton aquatique sont plutôt de taille microscopique et occupent en permanence la lame d’eau sur une certaine épaisseur, où ils naissent, se développent pour certains en s’entre-dévorant et se reproduisent ! Dans cette définition bien commode se cachent toutefois des différences considérables d’avec « notre » plancton aérien.
Vous admettrez avec moi que ces observations ne sont pas strictement réplicables dans l’air : parmi ce « plancton » aérien, seuls quelques oiseaux insectivores spécialisés (hirondelles, martinets, gobe-mouches, engoulevents…) et les chauve-souris viennent s’approvisionner impérativement en nourriture pour eux et leur progéniture, et peut-être quelques rares diptères prédateurs. Pour « pousser le bouchon » encore plus loin, on pourrait leur adjoindre les rapaces ornithophages tels l’autour ou l’épervier, qui exploitent le milieu aérien forestier en poursuivant exclusivement en vol leurs proies, des passereaux en particulier… Cette différence écologique entre les 2 « planctons » mérite d’être soulignée.
Les insectes forestiers que l’on voit défiler ou dériver entre les branches de ces mélèzes sont évidemment ailés, et se recrutent essentiellement chez les diptères, les hyménoptères, les coléoptères, les homoptères (notamment les pucerons…) ou les lépidoptères. Dans certaines circonstances on y trouverait également de jeunes araignées pendues à leur fil de soie…
Ces déplacements peuvent êtres actifs et orientés vers la recherche de nourriture, de partenaire ou de site de ponte, ou passifs et donc « au gré du vent ». En ces circonstances, ils permettent, à partir de systèmes de piégeage adaptés, de capturer et inventorier certains groupes forestiers « intéressants » à l’intérieur de la canopée comme les coléoptères xylophages (avec des « pièges-vitre » verticaux dits d’interception), des tentes Malaize ou des dispositifs inspirés de ce type de protocole comme les PEC (pièges-entomologiques-composites) qu’avait développé (photo) le collègue et ami – et membre actif de la SHND – Jean-Claude Robert, disparu en 2014, des outils qui ont servi pour les thèses de son fils Jean-Yves et de Frédéric Mora, ou lors des inventaires entomologiques régionaux tout autant que malgaches. C’est évidemment ce que permet aussi la technique du « radeau des cimes » cher à Francis Hallé… De nombreuses équipes scientifiques se sont spécialisées dans ce domaine de l’écologie forestière fonctionnelle.

En même temps, et sous certaines conditions météorologiques, physiologiques ou stationnelles, on y trouverait des spores, des pollens et autres propagules, et même des microbes et des virus, mais leur présence n’est alors détectable que par des moyens adaptés. C’est toutefois une orientation en pleine évolution en relation avec les possibles transferts de pathologies transcontinentales…
En conclusion, cette activité forestière « planctonique » plus ou moins intense a lieu de jour comme de nuit : elle est fonction des sites considérés et de la saison, des conditions climatiques locales et de la luminosité, etc. Elle est l’une des composantes majeures des écosystèmes forestiers.
Elle se donne à voir ici de façon presque ludique, sans matériel sophistiqué, sinon une paire d’yeux, une caméra et un peu de chance…
Et tout le monde a reconnu l’oeuvre de Jean-Yves Cretin
NP