Compte rendu de notre visite au Biome, le nouveau Jardin botanique de Besançon le 11 décembre 2025


La SHND avait sollicité une visite de la serre de ce splendide et tout nouveau jardin botanique le 11 décembre à 14 heures. Dénommé le « Biome », son inauguration avait été réalisée seulement quelques mois auparavant, inauguration à laquelle curieusement un certain nombre de naturalistes amateurs de plantes grasses ou tropicales n’avait pas été convié ! Ce n’était finalement que pour mieux en profiter ensuite : Grégory Jacquot a en effet reçu notre groupe d’une vingtaine de personnes et nous en a fait profiter pendant deux bonnes heures.

L’emplacement est facile à rejoindre puisqu’il est parfaitement repérable dans le paysage, une imposante serre située le long de la route de Gray, juste à coté des bâtiments administratifs de l’UFR Sciences et techniques de La Bouloie. En arrière se trouve un immense jardin extérieur visitable « de l’aube au crépuscule » et facile d’accès. Ne pas hésiter, si vous venez en voiture, de vous avancer un peu pour stationner au plus près de la serre, sinon le site est bien sûr facilement desservi par les bus Ginko.

La serre dont la visite est libre et gratuite (du lundi au vendredi de 12 à 16 heures, les samedis-dimanches de 14 à 17 heures en hiver, 18 h à la belle saison) est partagée en 3 unités. Le premier secteur est une salle d’accueil, où se font en général les présentations et où se tiendront dès janvier 2026 des réunions libres et conviviales tous les derniers mercredis du mois de 17 à 20 heures. Quelques plantes en pots de belle taille sont déjà visibles, en particulier des citronniers dont le célèbre cultivar dit « la main de Bouddha », Citrus medicus ‘Sarcodactylis’ (photo 1).

La salle suivante est une serre « froide » destinées aux espèces des régions sèches voire arides. C’est là que Greg (photo 2) nous a présenté la visite prévue pour nous tout spécialement. À droite, cette salle porte sur les plantes des Amériques. Greg est intarissable sur ce sujet, étant lui-même un « succulentophile(1)», donc excellent connaisseur de ces xérophytes qu’il cultive également chez lui. Il nous présente plusieurs types de cactées extrêmement modifiées afin de résister aux conditions semi-désertiques(2), dont des « cierges » déjà de belle taille (photo 2). Oponces en candélabre ou prostrées, cactus rampants, dressés ou en coussins (photo 3) – avec en particulier de très beaux échantillons du célèbre « coussin de belle-mère » Echinocactus grusonii (photo 4) – sont cultivés, ainsi que des aloés etc. Ne manquez pas Pereskia aculeata (photo 5), placé contre la paroi à droite de la porte, derrière les « carnivores », ayant l’allure d’un buisson et qui représente un de leurs « ancêtres » ayant encore des feuilles normales mais déjà les aiguillons et les fleurs caractéristiques, !
Du coté gauche du chemin (photo 6), ce sont également des sclérophytes mais essentiellement de Madagascar ou d’Afrique, et tout spécialement des « euphorbes ». Ce qui fait que de part et d’autre du cheminement, on peut alors constater instantanément les ressemblances : ces convergences morphologiques adaptatives ont été réalisées indépendamment chez des familles végétales très différentes, mais soumises aux mêmes contraintes climatiques : agaves et aloés, euphorbes et cactées…

Au centre se trouve « la tourbière » (photo 7) et ses plantes carnivores, une des attractions les plus suivies par les visiteurs d’après Greg. Les responsables du jardin avaient prévu de ne pas utiliser de sphaignes pour l’installer, afin de « donner l’exemple » et ne pas concourir à la disparition des tourbières. Le résultat est plutôt mitigé, et le substrat de substitution utilisé ne donne pas entièrement satisfaction. Une réflexion est en cours pour trouver une solution élégante et surtout efficace. Néanmoins nous sont présentés de nombreux genres et espèces de ces plantes si originales. Greg insiste beaucoup sur le fait que ce sont les feuilles modifiées et non les fleurs qui capturent de manière passive ou semi-active – et exceptionnellement active uniquement chez les célèbres « pièges à loups » des dionées bien connues – les insectes attirés par les couleurs, les fausses gouttes de nectar, les odeurs et les surfaces lisses ou collantes et autres simulacres permettant à ces espèces qui vivent en milieu pauvre en azote d’en trouver ailleurs que dans le substrat, en piégeant ces bestioles puis les « digérant ». Greg évoque de façon didactique ces modalités, en montrant grâce à une courageuse volontaire, que ces pièges (ici une sarracénie, voir photo 8) ne présentent aucun caractère dangereux : mettre le doigt dans une urne ne vous « mangera » pas une phalange !

Une porte nous sépare de la « serre chaude » et humide où se trouvent des espèces cette fois souvent luxuriantes. Greg donne de nombreux détails sur cette immense salle et les espèces qui y sont installées (photo 9) et signale qu’il en reste encore à faire valoir, toujours stockées à l’Orangerie municipale en attendant mieux ! Notez immédiatement à gauche de la porte en entrant une potée de Rhipsalis, (photo 10) une cactée des forêts tropicales humides dont l’aspect tranche d’avec celui des cactus compacts que nous venons de voir. Cette espèce est la seule cactacée qui se trouve naturellement en dehors des Amériques : il est vraisemblable que des graines ont été transportées par des oiseaux en Afrique puis à Madagascar, La Réunion et en Asie, où on peut les rencontrer dans la nature. On est stupéfait ensuite de voir des bananiers atteignant déjà plusieurs mètres de haut, des plantes à larges feuilles comme on en voyait dans les films de Tarzan, des orchidées dont certaines en pleine floraison (photo 11), des fougères dont quelques individus géants… une extraordinaire luxuriance végétale !

Dans une salle de préparation au centre, les plantes en attente d’être présentées végètent tranquillement, plantes-cailloux (photo 12), cactées diverses, et même un jeune individu de Welwitschia mirabilis, un « fossile vivant » unique au monde originaire de Namibie, à peine plus évolué que les conifères puisqu’il fait partie des Gnétophytes, des plantes qui réalisent la transition avec les véritables « plantes à fleurs ».

Dans la partie centrale plus profonde où se précipite une chute d’eau, on peut descendre dans un foisonnement végétal avec dépaysement total assuré. La fin de la visite nous ramène ensuite vers des plantes parfois à vocation alimentaire, des caféiers, théiers, papayers (photo 13) et autres plantes à épices, et se termine en face de bananiers véritablement géants.

Il est un peu plus de 16 heures quand nous retrouvons la civilisation et les conditions hivernales de Franche-Comté ! Nul doute que cette sortie passionnante restera dans les esprits. Nous vous recommandons de faire comme nous, d’aller y faire un tour
Il est prévu bien sûr de retrouver ces espaces lors d’une nouvelle sortie de la SHND au printemps prochain et en été, avec cette fois des floraisons exubérantes en prime !
Merci encore aux organisateurs et à Greg pour cette passionnante journée…


Claude & Jean-Yves Cretin, Nicole Morre-Biot et Nicole Pons


1 – succulentophile : néologisme appliqué aux amateurs passionnés qui cultivent des plantes dites succulentes, dites également « plantes grasses » , caractérisées par leurs adaptations à la sécheresse. Ne pas confondre avec des plantes qui, ayant un goût excellent, sont également qualifiées de succulentes !
2 – Un désert hyperaride est quasiment dépourvu de toute forme de vie car il ne pleut pratiquement jamais, alors qu’un semi-désert reçoit tout de même de rares précipitations et possède de ce fait une végétation adaptée particulière.

Ce contenu a été publié dans Évènements. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.