L’éclipse partielle du 12 août *

Ce 12 au soir, nous sommes des millions à avoir tourné nos yeux – avec des lunettes de protection évidemment – vers notre astre du jour à qui la Lune faisait une farce en lui passant devant, une occasion exceptionnelle qui ne devait pas être manquée. Avec 99 % de recouvrement du disque solaire, nous avons été gâtés. À l’aide de ces dispositifs adaptés, nous avons donc pu voir de belles séquences de cette « pomme » Soleil se faire grignoter progressivement.

Mais c’était encore plus impressionnant avec l’aide d’une lunette astronomique ou d’un appareil photo possédant un objectif longue focale. C’est le cas des illustrations présentées ici, obtenues avec un Lumix Panasonic DMC FZ72 dont l’optique va jusqu’à une longueur focale de 1 200 millimètres. Le capteur de l’appareil était lui aussi protégé par la pose d’une feuille de plastique traitée spécialement et placée devant l’objectif, donc du même type de ce que vous aviez avec vos lunettes qui vous évitait de vous « brûler »  la rétine.

Nous commençons par une petite « morsure » en bas à droite (photo 1), puis de plus en plus (photo 2).

En glissant vers le sud, l’occultation produisait ensuite une image véritablement étonnante de notre astre du jour jusqu’à le réduire à un… croissant de Lune (photo 3 à gauche), puis en s’échappant encore plus donnait quelques minutes après (photo 4 à droite) une image presque symétrique à la précédente par rapport à la verticale. Et enfin la Lune passait son chemin et le Soleil pouvait alors se coucher tranquillement…

Sur le terrain, ce n’est pas sûr, mais sur ces images – en particulier la première – vous n’avez pas été sans remarquer ces petites taches un peu diffuses, 4 étant visibles (3 en haut à gauche dont une très peu nette, et un point en bas à droite). Ce ne sont pas des défauts de la photo : ce sont les fameuses « taches solaires », des zones où la température de surface est un peu plus basse – tout de même encore de l’ordre de 4 500 ° C au lieu de 5 500 – et qui correspondent à des secteurs à forte activité magnétique empêchant le jaillissement de l’énergie. Leur nombre traduit l’activité cyclique du Soleil qui s’étale sur environ 11 années. En les suivant au cours du temps, elles prouvent – s’il en était besoin (1) – que le Soleil tourne sur lui-même en une petite trentaine de jours.

La différence d’avec une éclipse de Lune vient de ce que cette fois c’est la Terre qui est « du coté » du Soleil et c’est l’ombre portée terrestre qui coupe la lumière solaire à notre satellite : c’est ce que nous avons vu en septembre de l’année dernière, avec un superbe épisode de Lune rouge (photo 5), cette teinte venant du fait qu’une partie des rayons solaires est réfractée en passant par l’atmosphère terrestre. On voit sur cette image la lumière du Soleil ne subsister que par une petite « calotte » encore illuminée.

Revenons à notre éclipse du 12 : nous n’avons pas eu droit à une éclipse totale, c’est-à-dire quand la Lune couvre exactement la surface solaire et qu’il fait alors quasiment nuit en plein jour. Cette situation permet de voir les bouffées de gaz ionisés à très haute température s’échappant en boucles gigantesques formant une couronne autour du Soleil ; il aurait fallu être plus au sud, par exemple en Espagne pour en profiter. Cette « nuit » en pleine journée produit des sensations particulières : on a un sentiment de fraîcheur, les oiseaux ne chantent plus, les micro-organismes planctoniques remontent vers la surface, et certaines peuplades n’ayant pas d’explication logique pour l’expliquer y voient une manifestation divine !

Les méthodes de calcul de l’apparition de ce phénomène ont été développées déjà depuis longtemps par les savants grecs, et les techniques modernes permettent de savoir quand s’en produiront de nouvelles et où elles pourront être observées sur notre globe avec une remarquable exactitude. On peut également connaître dans l’autre sens les dates précises et les lieux des anciennes, et d’en retrouver la trace dans les écrits historiques de ces époques… et les croyances qui ont pu leur être associées !

À la prochaine éclipse… Il y en a une programmée pour  août 2027 !

Jean-Yves Cretin

* à la suite de problèmes techniques d’accès à notre site, la publication a été retardée… À l’évidence, nous ne sommes donc pas aussi bien calibrés que ces pourtant gigantesques phénomènes cosmiques ! 

1 – c’est l’occasion pour moi de « régler un compte » avec un de mes vieux prof de physique en 5° ou en 4°, qui nous avait crânement affirmé que le Soleil ne tournait pas sur lui-même, et à qui j’avais alors apporté mon encyclopédie et souligné les passages récusant sa proposition… Non mais !

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