La photo de la semaine 16 de 2026

« bourdon » qui attendait le retour du beau temps pour s’activer…

Voilà un bien curieux bourdon !

Au printemps, comme de nombreux animaux, les bourdons sortent d’hivernation (voir note 1), ayant passé l’hiver à l’abri en attendant la remontée des températures. Ces abeilles sociales sont très reconnaissables à leur bonne taille, et surtout à leur corps rondelet couvert d’une pilosité très hirsute souvent marqué de bandes colorées. Ce caractère « hirsute » explique en bonne partie leur répartition plutôt nordique, car il leur permet d’être actifs même par basses températures. En Europe on compte une cinquantaine d’espèces, dont certaine sont exclusivement montagnardes.

À noter que les femelles fécondées à l’automne, les futures « reines », sont les seules à subsister d’une année sur l’autre, contrairement à ce qu’il se passe chez l’abeille mellifère, où une bonne partie des ouvrières passent l’hiver en vie ralentie et son donc actives dès la belle saison, et chez qui la « reine » peut vivre jusqu’à 4 ans.

En début d’année donc, elles sortent de leur abri (dans les cavités du sol, sous la mousse, dans les troncs creux, les tas de feuilles etc.), et commencent à s’alimenter en visitant les plantes vernales, puis dès avril-mai elles entreprennent de fonder une colonie annuelle : elles s’installent selon les espèces dans le sol, en particuliers les talus (souvent dans d’anciens nids de rongeurs…), les tas de paille ou de feuilles, les troncs ou les tas de pierres voire les nichoirs… Les premières ouvrières (stériles), souvent de petite taille, vont ensuite participer au développement de la colonie – jusqu’à deux ou 3 centaine d’individus. En juillet-août apparaissent les mâles ainsi que des femelles de grande taille, les futures reines. Les plantes visitées sont très diverses, et l’action pollinisatrice des bourdons est très importante dans la nature, en particulier pour les familles de plantes à corolles profondes ; quasi indispensables dans les jardins dans les fleurs de cucurbitacées, ils sont activement utilisés dans des serres pour assurer la fécondation de certains végétaux de valeur.

Comme l’abeille mellifère, elles – puisque si le terme « bourdon » est masculin, les individus ouvrières sont de sexe féminin ! – récoltent pollen et nectar, et les stockent dans des alvéoles de cire plus ou moins en bataille dans le nid. C’est également dans des alvéoles que sont pondues puis élevés les ouvrières puis les sexués.

Il y a 3 ou 4 jours, une future fondatrice de bourdon prospectait le long d’un mur moussu devant la maison, à la recherche sans doute d’un site d’installation. Mais observons mieux cet insecte : il a semble-t-il « tout d’une reine de bourdon », non ? Pourtant un détail – et des plus importants – manque !

Regardez attentivement la face externe de la patte postérieure (la troisième) : depuis sa base on peut compter 6 articles, les 2 premiers larges et poilus – le tibia puis le premier article du tarse -, les 4 suivants appartenant également au tarse, mais étroits, le dernier portant une paire de griffes.

Or… chez les ouvrières d’abeilles mellifères comme chez les femelles de bourdons, les 2 premiers portent les dispositifs de récolte du pollen ! On pourra aisément comparer avec l’image cerclée voisine appartenant cette fois à une reine « normale » de bourdon, où l’on voit clairement ce dispositif : une « corbeille » de récolte brillante entourée de longues soies qui vont retenir la pelote de pollen, et la « brosse » sur l’article tarsal… 

Il se trouve en effet que l’évolution a permis l’apparition de « bourdons » qui ne travaillent plus, et sont donc devenus des parasites d’autres espèces : on les qualifie de « cleptoparasites », donc de « voleurs » ! Privés d’ouvrières, ils ne peuvent subsister qu’en investissant les nids des autres bourdons « honnêtes » travailleuses. Ce sont donc des « abeilles-coucous » autrefois rangées dans le genre Psithyrus, dorénavant intégrées parmi le genre Bombus. Il en existe une dizaine d’espèces en Europe. D’autres critères comme des ailes très enfumées ou une pilosité moins dense laissant voir les téguments brillants peuvent aussi faire penser à un psithyre. Une remarque encore : on a forcément à faire à une femelle à cette saison, donc la présence ou l’absence d’un appareil de récolte permet la distinction ! Par contre, en été et automne, au moment de la présence des mâles aussi bien de « bourdons » que de « psithyres » qui sont les deux privés de ce dispositif, ce critère n’est plus valable…

D’après les caractères repérables, il s’agirait de Bombus (Psithyrus) sylvestris, le bourdon forestier, une espèce courante, qui vit en parasite du bourdon des prés Bombus pratorum ! La validation de cette détermination sera faite avec les collègues entomologistes de l’Opie Franche-Comté (voir au niveau régional <https://opie-franchecomte.blogspot.com/p/qui-sommes-nous.html>, ou au niveau national <https://insectes.org/categories/franche-comte/>.

Jean-Yves Cretin

note 1 – l’hibernation à un sens très proche mais dans ce cas l’animal à sang chaud possède des réserves de graisses qu’il utilise lors du repos hivernal pour maintenir une température corporelle assurant la survie.

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