Anémones pulsatilles
Pulsatilla vulgaris




Anémone pulsatille – La Roche du Mont (Ornans) – 12 mars 2025
L’Anémone pulsatille, Pulsatilla vulgaris, ou Pulsatille commune (ou encore Coquelourde, Coquerelle, Fleur de Pâques) est une espèce des pelouses secondaires thermophiles et mésoxérophiles à végétation rase mais assez dense (association du Carici humilis – Brometum erecti). Ces milieux se rencontrent au niveau de l’étage montagnard inférieur à l’intérieur Massif du Jura, essentiellement dans la Combe d’Ain, les vallées de la Bienne et de la Loue. Charles Grenier, dans sa Flore de la chaîne jurassique, écrivait joliment : “sur le plateau qui sépare la région des vignes de celle des sapins“.
Les stations de Pulsatille sont des pelouses rocailleuses sèches bien exposées, la plupart sur terrain calcaire jusque’à 1200 m d’altitude ; elle se trouvent au sommet de collines, sur des pentes abruptes et sur les corniches. Dans le Doubs les stations connues se situent très majoritairement dans la vallée de la Loue vers Ornans (400-500 m, par exemple la corniche de la Roche du Mont) et, pour deux autres, sur le deuxième plateau (800-1000 m) à Boujailles et Arc-sous-Cicon.
Cette espèce n’est pas très fréquente, elle est donnée pour assez rare en Franche-Comté avec un statut de protection NT c’est-à-dire “quasi-menacée“. C’est une plante vivace de type biologique hémicryptophyte (pendant la période de repos végétatif la quasi totalité des parties aériennes disparaît, ne subsistent que les organes souterrains et des bourgeons au niveau du sol).
La tige de cette plante est un rhizome (souterrain) épais, noirâtre, formant des ramifications sur lesquelles apparaissent des bourgeons qui donneront les feuilles et hampes florales. Ces nouveaux pieds sont donc groupés en touffes peu denses ; puis ils se séparent au fur et à mesure de la dégradation du rhizome par ses parties les plus anciennes.
A l’approche du printemps les organes aériens émergent au dessus du sol, d’abord la tige florale puis les feuilles. Si la floraison a lieu en mars, voire avril, depuis a seconde moitié du XXe siècle, elle se situait vers 1900 en avril-mai et en mai-juin dans les années 1860 : réchauffement climatique ?
Les plantes fleuries mesurent de 10 à 30 cm ; les fleurs sont solitaires sur une hampe florale portant un involucre de 3 foliotes sessiles divisées en segments linéaires. Initialement les fleurs sont penchées, puis elles se redressent, enfin la hampe s’allonge d’une dizaine de centimètres après la chute des pièces florales.
La fleur de l’Anémone pulsatille est assez grandes (7-8 cm de diamètre), de forme campanulée; un seul type de pièces florales forme l’enveloppe, à savoir des tépales, au nombre de 6 le plus souvent (amplitude de 5 à 14), colorés en violet. Les étamines, très nombreuses (200 à 280), sont terminées par des anthères jaunes. Les étamines les plus externes (20-30) sont stériles faute d’anthère (staminodes) ; mais elles sont munies de glandes nectarifères à leur base. Le pistil est constitué de carpelles libres, nombreux (70 à 200), terminés par un stigmate violet.
Les pièces reproductrices devenues fonctionnelles la pollinisation est assurée majoritairement par des insectes (entomogamie) : abeilles et bourdons principalement ; toutefois la maturité des étamines et celle des carpelles est généralement décalée dans le temps ; les carpelles devançant les étamines (protogynie) ; ce mécanisme favorise la fécondation croisée. Pour autant l’autofécondation est fréquente.
La fécondation réalisée, les pièces florales fanent et finissent par disparaître à l’exception des carpelles, chacun d’ente eux, à la condition d’avoir été fécondé, qui se transforment en fruit. Celui-ci est un akène de 3 mm environ prolongé par une longue arête plumeuse de 2-5 cm. L’ensemble des akènes portés par la hampe florale forme une sphère plumeuse d’aspect lustré qui persiste quelques mois sur la plante. La dispersion des fruits (et donc des graines) est favorisée par leur petite taille et aussi par l’arête plumeuse qui permet l’action du vent (anémochorie) ou l’accrochage au pelage ou au plumage d’un animal de passage (épizoochorie).
Le mécanisme complexe de la reproduction sexuée impliquant les étapes de la floraison, de la pollinisation-fécondation et celui de la dispersion est complété par celui, plus simple, de la multiplication végétative dû à la fragmentation du rhizome (ce second processus étant probablement le plus important chez la Pulsatille commune).
Les feuilles, radicales, qui apparaissent après les fleurs, sont profondément divisées, bipennatiséquées (subdivisées en 3 à-5 folioles elles même découpées en foliolules), parfois tripennatiséquées.
Quasiment toute la plante, pour ses parties aériennes, est densément recouverte de poils argentés lui donnant son aspect soyeux : la hampe florale, les pièces de l’involucre, les tépales sur leur face externe et les feuilles (celles-ci devenant glabres une fois développées). Ce type de poils, ou trichomes, est très souvent présent sur les espèces se développant dans des milieux ouverts aux conditions chaudes et sèches. Ces trichomes créent à la surface des organes une “couche limite“ dans laquelle le flux d’air est ralenti ce qui d’une part permet de réduire la perte d’eau par transpiration ce qui améliore la résistance à la sécheresse et d’autre part offre également à la plante une protection contre gel (effet pour vital des espèces à floraison précoce, comme l’Anénome pulsatille). Par ailleurs les trichomes réfléchissent grâce à leur aspect “soyeux“ une partie du rayonnement solaire, notamment les rayons UV, protégeant ainsi les tissus sous-jacents.
Enfin il n’est pas exclu que cette pilosité, là où elle est dense, constitue un obstacle pour les animaux comme les insectes phytophages et même pour le mycélium des champignons.
Pour terminer, un peu d’étymologie. Le terme pulsatilla et tiré du verbe latin pulso : battre, agiter, secouer par référence au balancement de la plante sous l’action du vent (en particulier lorsqu’elle est en fruits). Une autre explication met en avant la forme de cloche de la fleur (qui doit être agitée pour sonner). Le nom de genre, Anemone, provient, lui, du grec anemos, le vent.
L’Anémone pulsatille est bien, et à double titre, une “fille du vent“.
Bernard BONNET